Maria Montessori est à l’heure d’aujourd’hui très reconnue. Sa philosophie et ses activités pour les enfants de plus de 3 ans se développent très largement ces dernières années.

Emmi Pikler est moins connue mais tout aussi intéressante, d’autant plus qu’elle s’intéresse de façon complémentaire aux 0-3 ans.

Les approches de Maria Montessori et Emmi Pikler tendent à se rejoindre sur bien des principes.

Qui était Emmi Pikler ?

Emmi Pikler est née le 2 janvier 1902 à Vienne .
En 1920, elle commence des études de médecine.
En chirurgie, elle constate que les enfants issus de quartiers aisés où ils sont sur-protégés et limités dans leurs expérimentations ont davantage de fractures que les enfants issus de quartiers d’ouvriers plus libres de leurs mouvements.
Elle en conclut que les enfants libres de leurs mouvements apprennent à mieux gérer leurs corps et leurs limites et ont donc moins d’accidents tandis que les enfants dont on restreint les activités se mettent plus facilement en danger, ayant une moins bonne conscience corporelle.
Emmi Pikler se spécialise alors en pédiatrie avec pour sujet de thèse le développement moteur de l’enfant dans ses trois premières années.
De 1930 à 1945, elle exerce en libéral (étant juive, elle ne peut travailler en hôpital) à Budapest. Elle commence alors à évoquer l’idée de « motricité libre » (que je développerais dans un prochain article) aux parents de son cabinet puis publiquement dans des articles.
En 1946, le gouvernement Hongrois lui confie la création d’une pouponnière pour les enfants orphelins ou abandonnés (parfois dès la naissance) dans la rue de Loczy à Budapest.
A partir de 1970, cette pouponnière sert de centre de recherche et de formation pour les autres pouponnières d’Hongrie. De nombreux films, photos et articles permettent d’approfondir la question du développement de l’enfant. Un premier livre est écrit : « Se mouvoir en liberté dès le premier âge ».
Emmi Pikler décédera en juin 1984 à Budapest.

Quelles sont les idées amenées par Emmi Pikler ?

Emmi Pikler a donc défendu les grandes idées suivantes :

  • L’enfant est acteur de son développement si son environnement favorise ses expériences. Il n’a pas besoin de l’adulte pour lui montrer comment passer toutes les positions intermédiaire jusqu’à la marche (ramper, quatre pattes…). L’enfant est en effet programmé génétiquement : les étapes se déroulent les unes après les autres mais dans un rythme propre à chaque enfant. L’enfant a donc des compétences.
  • L’enfant a de l’intérêt et du plaisir à découvrir de lui-même et par lui-même. Cet intérêt et ce plaisir favorisent le développement moteur, intellectuel et affectif de l’enfant.
  • L’enfant a besoin d’expérimenter, de découvrir, d’éprouver son corps pour mieux se le représenter et mieux le maîtriser dans l’espace. Il avance alors avec une prudence adaptée et va construire sa confiance en soi.
  • Emmi Pikler accorde donc de l’importance à un environnement adapté et sécurisé pour que l’enfant puisse se mouvoir en toute liberté. L’espace de jeu doit être sans danger pour permettre à l’enfant de faire ses expériences et adapté selon l’évolution de l’enfant. Les vêtements doivent être souples pour ne pas limiter les mouvements.
  • Les jeux proposés sont en quantité adaptée : ni trop, ni trop peu et suscitent l’intérêt de l’enfant. Le matériel est proposé de manière ordonnée / rangée.
  • Emmi Pikler met en avant le rôle primordial de l’adulte référent (appelé « nurse » dans les traductions françaises) qui apporte une relation affective privilégiée et une attention particulière à l’enfant. L’adulte est présent pour accompagner l’enfant, l’encourager, tant par son regard bienveillant que par les mots.
  • La verbalisation est très importante : en lui parlant, l’adulte le respecte en tant que sujet à part entière. Les mots permettent de mettre du sens sur le monde qui l’entoure.
  • Le moment des soins (toilette, change, repas) est temps très important dans la pouponnière : la nurse prend le temps d’accompagner l’enfant, de lui parler… Il ne s’agit pas d’actes mécaniques mais d’un vrai moment partagé qui vont l’aider à construire une sécurité affective. Dans la pouponnière, ces moments sont assez ritualisés pour offrir un cadre rassurant à l’enfant.
  • L’activité autonome est également très mise en avant : l’enfant a des capacités. L’adulte veille donc à l’accompagner tout en lui laissant son autonomie et en respectant son rythme.

En tant que psychomotricienne, j’accorde beaucoup d’importance à ces principes qui me paraissent fondamentaux dans l’épanouissement psychomoteur et intellectuel des enfants. Je pense qu’Emmi Pikler mériterait, au même titre que Maria Montessori, d’être davantage connue.
A noter qu’il existe en France, des crèches qui fondent leurs valeurs sur les principes d’Emmi Pikler. J’ai eu le privilège de faire un stage, étant étudiante, dans l’une d’entre elle et je fais le souhait que ce type de crèche se développe davantage.

Blandine LIGNEY
Psychomotricienne

 

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