Si le portage en écharpe connait un succès depuis bientôt dix ans, ses origines remontent à l’Antiquité. Le portage est ainsi pratiqué dans de nombreux pays, avec l’idée première de faciliter le transport du bébé et gagner en autonomie. On retrouve souvent des portages sur le côté ou dans le dos à travers le monde. Le type de portage est adapté selon les besoins (travailler dans les champs, faciliter l’allaitement…) ou le climat.

En Europe, le portage sur le côté est très répandu jusqu’aux années 1940. Mais l’apparition du lait maternisé met à distance la mère et son enfant. L’invention de la poussette remplace le besoin de portage lors des déplacements. Le XIXème siècle est marqué par une révolution sanitaire : stérilisation, lavage des mains, nettoyage des plaies. L’hygiène entre dans le quotidien et provoque ainsi une mise à distance dans les relations : on évite le contact pour limiter la transmission des microbes…

Au XXème siècle, des médecins (Dolto, Leboyer…) prônent une nouvelle puériculture mettant le lien mère-enfant au centre des préoccupations. On considère alors que l’allaitement favorise le lien et la proximité mère-enfant. Les auteurs, comme Winnicott, Bowlby s’intéressent aux compétences des nouveau-nés et à leurs besoins primaires d’attachement.

Les écharpes sont ramenés du Pérou en Allemagne à la fin du XXème siècle mais leur popularité apparaît seulement dans les années 2010. On reconnaît qu’être porté est un besoin du tout-petit. En effet, celui-ci naît alors qu’il est encore immature (on estime que pour être mature, un bébé devrait grandir 18 mois dans le ventre de sa mère, mais ne passerait plus par le bassin…). La colonne vertébrale est encore très fragile et le bébé ne peut pas encore marcher. Il est donc dépendant de ses parents pour se déplacer. On imagine qu’à la préhistoire, le bébé devait être porté en hauteur pour échapper aux prédateurs. Le réflexe de « grasping » (mains qui s’agrippent) évoque un réflexe de protection / de défense qui permet au bébé de s’attacher (aux poils) et de ne plus lâcher.

L’écharpe recréé une enveloppe contenante qui rassemble le bébé dans une position rappelant la position fœtale en enroulement. Les recherches scientifiques actuelles mettent en évidence que la proximité entre le parent et son enfant permet la sécrétion de l’hormone Ocytocine qui permet de calmer les sensations douloureuses de la digestion (dues au système digestif encore immature). Il n’est peut-être pas anodin de remarquer que la vue du bébé n’est pas efficiente avant l’âge de 3 mois. Le bébé peut voir à 20 cm de lui, soit la distance entre le mamelon et les yeux de la maman. On retrouve une distance similaire dans le portage en écharpe.

Blandine LIGNEY
Psychomotricienne

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